
Prix de la combativité - Grand Rex, Octobre 2026
Deux cents maisons, manoirs & châteaux
Cette semaine, nous avons quitté le chantier pour une soirée à Paris, dans l'immense salle art déco du Grand Rex, à l'invitation de ChateauStory. Nous y allions un peu intimidés, avec le sentiment d'être des gens de la campagne qu'on fait monter à la ville. Nous en sommes revenus avec quelque chose que nous ne cherchions pas : la certitude de ne pas être seuls.
Il y avait là plus de deux cents porteurs de projet. Deux cents personnes, deux cents histoires, et derrière chacune, une maison. Des gens qui rénovent, chacun à sa manière, un morceau de ce pays. Nous avons passé la soirée à écouter, et à reconnaître dans chaque récit des morceaux du nôtre. La maison qu'on n'aurait pas dû acheter. L'entourage qui s'inquiète. Le devis qui arrive. La fierté qu'on n'ose pas dire. La fatigue qu'on ne dit pas non plus.
Et puis, en fin de soirée, on a appelé notre nom. Nous avons reçu le prix de la combativité.
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Il faut qu'on vous dise ce que ce mot nous a fait.
On ne choisit pas la catégorie dans laquelle on vous récompense, et nous aurions sincèrement préféré le prix de la tranquillité, s'il avait existé. Combativité, c'est un prix qu'on ne mérite que parce qu'il vous est arrivé quelque chose, on ne le reçoit pas pour ce qu'on a bâti, mais pour ce qu'on n'a pas lâché. Nous n'avons encore rien rebâti, ou presque : une entrée, quelques murs. Ce prix ne salue pas un résultat, il salue une décision prise dans un jardin gelé, un matin de novembre, et tenue depuis, jour après jour, courrier après courrier.
Nous l'avons accepté en pensant à vous, qui tenez avec nous depuis le premier dimanche. Et nous l'avons accepté, surtout, en pensant à ces deux cents personnes dans la salle, qui se battent exactement de la même façon. Ce prix est à eux autant qu'à nous, nous le gardons en dépôt.
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Car voici ce que cette soirée nous a fait comprendre, et que nous voulions vous dire ce dimanche.
On nous demande souvent pourquoi. Pourquoi s'infliger ça, pourquoi un manoir, pourquoi recommencer après le feu. Nous avons donné beaucoup de réponses dans ces lettres : l'amour, le mariage, la constance, le relais que nous avons hérité d'Alphonse et d'Adolphine. Mais au Grand Rex, en regardant ces 1500 personnes présentent et deux cents visages porteurs de projets, nous en avons trouvé une autre, plus large, que nous n'avions jamais formulée.
Rénover une vieille bâtisse est un acte d'amour pour ce pays.
Pas un amour de drapeau ni de discours. Un amour concret, avec des échardes dans les mains, parce qu'un un château, un manoir est la seule richesse qui ne quittera jamais le territoire. On peut délocaliser une usine, vendre une entreprise à l'étranger, déplacer des capitaux d'un clic. On ne déplace pas un manoir de 1890, on ne déplace pas une chapelle romane, un moulin, une ferme fortifiée. Ils sont là, plantés dans la terre qui les a fait naître, et ils y resteront, quoi qu'il arrive au reste. Celui qui en relève un ne travaille pas pour lui. Il travaille pour un lieu, et pour tous ceux qui passeront après lui devant cette façade sans savoir son nom.
C'est cela que faisaient ces deux cents personnes, sans forcément le formuler. Elles rendaient à la France des morceaux d'elle-même. Chacune à son échelle, avec ses économies, ses week-ends, ses disputes de couple et ses nuits blanches, elles s'assuraient qu'un fragment du pays traverse encore un siècle ou deux. Il n'y a pas beaucoup de gestes plus patriotes que celui-là, et il n'y en a pas beaucoup de plus discrets.
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Nous vous écrivons tout cela à dix jours de récupérer les clés du manoir. Le 14 octobre, nous rentrons dans le manoir et le chantier reprend. Nous y entrerons différemment, après cette soirée. Pas comme deux personnes qui réparent leur manoir, mais comme deux maillons d'une chaîne de gens qui, partout en France, en ce moment même, grattent une pierre, étayent une poutre, cherchent un artisan qui sache encore faire.
Alors ce soir, cette lettre n'est pas pour nous. Elle est pour eux. Pour les deux cents du Grand Rex, et pour tous les autres, les dizaines de milliers que personne n'invite nulle part, qui ne gagneront jamais de prix et qui continuent quand même. Ceux qui ont acheté la ruine que personne ne voulait. Ceux dont la famille a dit que ce n'était pas raisonnable. Ceux qui, un soir, ont regardé leur chantier en se demandant pourquoi, et qui sont revenus le lendemain matin.
Vous rendez à ce pays ce qu'il a de plus beau et de plus durable. Et vous le faites sans attendre de merci. En voici un, du fond d'une vallée du Loir, de la part de deux personnes qui savent un peu ce que ça coûte.
Le prix de la combativité, on le partage. Il y a de la place pour deux cents noms sur le socle.
À dimanche prochain.
Dimitri & David
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P.-S. — Les inscriptions viennent d’ouvrir pour le TOME V, l’avant dernier Tome de l’année 2026!!
