Rallumer la lumière

Il y a onze mois, nous sommes arrivés devant le manoir dans la lumière grise d'un matin de novembre, et il n'y avait plus de lumière dedans. Pas de toit, pas de plafond, pas d'électricité. Des fenêtres éclatées par la chaleur, des murs noirs, et ce silence particulier des maisons où plus rien ne fonctionne. Nous avons fait le tour sans rien dire.

Cette semaine, nous avons branché une prise et le portail du manoir s'est éclairée.

Nous voulions vous écrire exactement cela, parce que c'est la chose la plus simple et la plus grande qui nous soit arrivée depuis longtemps.

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Il faut d'abord vous dire que le manoir est à nous.

Mercredi 14 octobre, comme nous vous l'avions annoncé, la réunion finale s'est tenue, et nous en sommes ressortis avec les clés. Pas des clés qu'on nous prête le temps d'une visite surveillée ni des clés qu'il faut rendre le soir, mais les nôtres. Après onze mois à demander la permission avant de toucher un mur, nous pouvons entrer quand nous voulons, rester aussi longtemps que nous voulons, et faire ce que nous voulons. Nous ne savions plus très bien ce que c'était.

Nous ne vous raconterons pas tout de cette journée. Il y a des choses qu'on garde, et il y a des choses que nous réservons à celles et ceux qui reçoivent nos lettres sur papier, parce qu'elles méritent du papier. Disons seulement que nous sommes entrés, que nous avons fermé la porte derrière nous, et que pendant un moment, nous n'avons rien fait, rien du tout, comme un enfant puni qui a finalement le droit de reprendre ses jouets mais qui en a perdu l’habitude.

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Et puis il y a eu la lumière.

L'entrée, vous le savez, est la première chose que nous avons terminée. Les murs, le portail, les pavés. Mais il lui manquait quelque chose, et nous avons compris quoi en y entrant à la tombée du jour, le 14 au soir : elle était belle et elle était sombre. Une entrée terminée dans le noir n'est pas terminée.

Alors cette semaine, le premier geste du chantier retrouvé n'a pas été de casser, de déblayer ou de porter. Il a été d'installer des luminaires, nous les avons posés, raccordés, et nous avons attendu que la nuit tombe pour les essayer, parce qu'on ne teste pas une lumière en plein jour.

Quand elle s'est allumée, nous sommes restés sur le trottoir à la regarder. La lumière chaude sur les murs, sur les pavés, sur le portail qui donne vers le reste du manoir encore dans le noir. Quelqu'un passant sur la route ce soir-là a dû voir, pour la première fois depuis le 20 novembre 2025, le manoir d'Egmont éclairé.

On ne mesure pas ce que la lumière veut dire tant qu'on a vécu dans une maison qui n'en a plus. Pendant onze mois, le manoir a été un lieu qu'on quitte avant la nuit, parce qu'après, on n'y voit plus rien et qu'il est dangereux d'y marcher. Une maison qu'on quitte avant la nuit n'est pas tout à fait une maison. Et c'est peut-être pour cela que la lumière a toujours été le mot qu'on emploie pour l'espoir : pas parce qu'elle est belle, mais parce qu'elle permet de rester.

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Les travaux reprennent, donc. Et ils reprennent par un endroit que vous connaissez sans l'avoir jamais vu : l'atelier du Club des Lettres.

Jusqu'ici, vos enveloppes partaient d'une table de cuisine. Les lettres y étaient pliées, les sceaux posés, les vignettes glissées, les adresses écrites, entre un verre d'eau et le courrier de la semaine. Désormais, la première pièce que nous allons bâtir au rez-de-jardin sera la leur. Un atelier avec une grande table, des étagères pour le papier, un endroit pour le gaufrage, un autre pour les timbres. Il nous a semblé juste que le manoir, en revenant à la vie, commence par la pièce d'où partent les lettres qui ont raconté sa mort et sa renaissance. Ce sera le premier chantier terminé après l'entrée, et ce sera le vôtre.

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Et puisque les bonnes nouvelles se tiennent souvent par la main, nous pouvons vous en glisser une dernière, à mots couverts : nous préparons deux grandes surprises pour la fin de l'année. Deux, pas une. Nous ne vous en dirons rien de plus aujourd'hui, sinon qu'elles sont à la hauteur de l'année que nous venons de traverser, et que vous les découvrirez ici en premier, comme toujours.

En attendant, il y a une entrée éclairée sur une colline de Cloyes. Mais quand on a vu la maison dans le noir, on sait ce que vaut un lieu qui s'allume.

Novembre 2025 : une lumière éteinte.

Octobre 2026 : une lumière allumée. Entre les deux, onze mois, et vous.

À dimanche prochain.

Dimitri & David

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P.-S. — Vous êtes des centaines chaque semaine à nous rejoindre parmi les membres du club, c’est un honneur que de partager ces enveloppes, surprises et souvenirs avec vous, alors merci pour tout.