Les clés

Il y a des semaines où il ne se passe rien, et nous vous écrivons quand même. Et puis il y a des semaines comme celle-ci, où tout semble arriver en même temps, comme si le manoir avait décidé que c'était le moment.

Commençons par la nouvelle que nous attendions depuis presque un an.

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Vous vous souvenez de la lettre sur la vérité qui prend son temps. Nous vous racontions ces réunions d'expertise où une quinzaine de personnes marchent dans nos ruines avec des dossiers sous le bras, et cette vérité judiciaire qui avance par saisons, comme le jardin. Nous vous demandions de la patience, et nous nous en demandions surtout à nous-mêmes.

Cette semaine, l'expert désigné par le tribunal a prononcé une phrase que nous attendions sans oser l'espérer si tôt : les investigations techniques sont terminées. Tout ce qui devait être examiné l'a été. Chaque hypothèse a été regardée, pesée, confrontée. Ce travail de fourmi que nous vous décrivions, méthodique jusqu'à l'obsession, arrive à son terme.

Et il y a une date, désormais. Le 14 octobre, la réunion finale se tiendra au manoir. Ce jour-là, au terme de la rencontre, le manoir nous sera rendu. Depuis la nuit du 20 novembre, cette maison était devenue une scène qu'on examine, un lieu sous le regard des procédures, où chaque pierre déplacée devait attendre son autorisation. Le 14 octobre, elle redeviendra simplement la nôtre. Nos clés, dans nos poches, pour ouvrir notre porte.

Le chiffrage quant à lui, continue, le travail parallèle qui déterminera l'indemnité. C'est une autre patience, et nous la connaissons bien maintenant. Mais l'essentiel est ailleurs : le manoir revient. Onze mois qu'on attend de pouvoir dire cette phrase.

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Et puis il y a l'autre nouvelle, plus petite en apparence, et c'est peut-être elle qui nous a le plus émus.

Cette semaine, nous avons terminé l'entrée, le portail a retrouvé sa splendeur.

C'est la première “pièce” du manoir dont nous pouvons dire cela depuis l'incendie. Quand nous avons posé les outils, nous sommes restés un moment sans rien dire, à la regarder, comme on regarde quelque chose qu'on a longtemps cru impossible.

Et puis le symbole nous a sauté aux yeux. Dans quelques semaines, le manoir nous est rendu et ce que nous venons d'achever, c'est l'entrée, son portail. Le manoir s'apprête à nous rouvrir sa porte au moment exact où nous finissons l'endroit par où l'on entre. Nous ne l'avons pas fait exprès et nous ne sommes même pas sûrs de croire aux signes. Mais celui-là, nous le prenons.

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Il faut que nous vous disions ce que ces deux nouvelles, arrivées la même semaine, nous font.

Depuis des mois, nous avancions tête baissée. On tenait, parce que c'est ce qu'on avait décidé dans le jardin, au matin du 21 novembre, et que la constance fait les manoirs. Mais tenir n'est pas la même chose qu'espérer. On peut tenir longtemps dans le brouillard, par pure discipline, sans voir où l'on va.

Cette semaine, pour la première fois depuis très longtemps, l'horizon s'est éclairci. Un vent d'espoir s'est mis à souffler, et nous nous sommes surpris à faire des projets à voix haute, comme avant, comme cette nuit d'autoroute où nous faisions des plans optimistes, sauf que cette fois, nous ne nous trompons pas.

Nous sommes convaincus, désormais, que tout se passera bien. Non pas parce qu'un dossier nous le promet, aucun dossier ne promet rien. Mais parce que cette maison nous l'a appris elle-même. Elle a traversé cent quarante ans, deux guerres, dix ans d'abandon, un incendie. Elle a été bâtie sur un deuil et elle a tenu. Elle a porté des veufs, des pianistes, des moissons, et elle a tenu. Tout, dans son histoire, dit la même chose : cette maison ne sait pas finir. C'est écrit dans son âme, et nous avons fini par le lire. Nous ne reconstruisons pas contre le destin. Nous reconstruisons avec lui.

Le 14 octobre, on ouvrira la porte.

À dimanche prochain.

Dimitri & David

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